Livrel

17 janvier 2008

Depuis plusieurs mois déjà, mon ami Hugo et moi entretenons une discussion des plus intéressantes sur l’impact de la révolution numérique et de la venue de la société de l’information sur les droits d’auteur. Suite à la dégringolade de l’industrie du disque, nous nous sommes penchés sur la possible répétition du phénomène à l’endroit du monde du livre. Avant même la fameuse sortie du Kindle d’Amazon, Hugo était plutôt sceptique quant à une éventuelle adoption d’un quelconque format de livrel (livre électronique) par le grand public. De mon côté, j’y vois une fin inévitable.

Voilà qu’une citation récente de Steve Jobs a relancé notre débat.

Hugo

Monsieur Jobs est encore plus pessimiste que moi quant à l’avenir du livrel:

Today he had a wide range of observations on the industry, including the Amazon Kindle book reader, which he said would go nowhere largely because Americans have stopped reading.

“It doesn’t matter how good or bad the product is, the fact is that people don’t read anymore,” he said. “Forty percent of the people in the U.S. read one book or less last year. The whole conception is flawed at the top because people don’t read anymore.”

http://bits.blogs.nytimes.com/2008/01/15/the-passion-of-steve-jobs/

Ceci dit, je ne suis pas sûr que la statistique dont il se sert soit si pertinente que ça:

  1. 40% de la population américaine qui a lu un livre ou moins en 2007, est-ce une diminution ou une augmentation? Y a-t-il déjà eu dans l’histoire plus de 60% de lecteurs dans la population au grand complet?
  2. Quel créneau vise Amazon avec le Kindle? La population au grand complet, ou une minorité éduquée et financièrement à l’aise?

Simon

Et lire, ce n’est pas seulement lire des livres. Que fait-on de la translitteratie?

On lit plus que jamais!

J’aimerais bien savoir ce que Jobs pense du succès d’Amazon. Un soubresaut historique?

Je ne crois pas à la disparition du livre en tant que support car, contrairement à la musique, la naissance de la lecture est directement liée à son support, lequel est ancré dans les mœurs depuis des millénaires. Pas opposition, la musique sur support a une centaine d’années seulement. Cependant, on ne peut plus nier l’indépendance qu’a acquise l’écriture vis-à-vis le papier. La progression du sans-fil, le perfectionnement des interfaces, la prolifération des terminaux mobiles, l’amélioration des écrans va amener inévitablement, mais lentement, les lecteurs à délaisser le papier. Le livre comme objet de plaisir va rester. Mais, le livre comme source d’information est en déclin. Il ne faut pas oublier qu’il ne s’est jamais publié autant de texte qu’en ce moment et qu’une très grande proportion de ces textes ne se retrouvera jamais sur du papier.

Hugo

On est d’accord sur un point: à la limite, ce n’est pas la lecture mais le livre qui recule (ou qui stagne) face à la multiplication des canaux de diffusion d’information.

Je ne suis pas certain pour autant que le recul du papier va être intégral et inéluctable. À mon avis, le papier va demeurer prépondérant pour certaines applications, comme la lecture de textes longs (notamment pour le divertissement). Et puis, peut-être qu’un jour les nouveaux dispositifs d’affichage, comme l’E Ink du Kindle, vont avoir suffisamment maturé et évolué pour constituer une réelle alternative au papier, mais en attendant, la plupart des sites de quotidiens ou de publications spécialisés ajoutent des boutons «imprimer» à leurs articles, ergonomie oblige…

Je ne suis pas certain non plus que le modèle radicalement DRM-isé d’Amazon (et des autres diffuseurs) va demeurer la norme, à long terme. L’un des intérêts du livre, au-delà de sa portabilité, c’est sa partageabilité — caractéristique essentielle au phénomène profondément humain du partage de la connaissance et de l’expérience. Information wants to be free. Sans oublier que la partageabilité est profitable dans la mesure où elle accroît la visibilité des auteurs et des éditeurs (cf. la découverte de nouveaux groupes de musique via le téléchargement).

Et tout ça, c’est sans compter, comme tu le soulignes, le côté «anthopologique», voire folklorique, du livre en tant qu’objet. Si on fabrique encore des 33 tours en vinyle pour les amateurs, on va bien continuer à imprimer des livres pendant quelques décennies aussi… Surtout si les lecteurs «vieille école» (j’allais écrire «luddites») comme moi persistent dans leur refus de la lecture électronique. La qualité de l’expérience de la lecture (au sens UxD du terme) tient bien entendu surtout au texte (ce qui est transmis) mais aussi en partie au livre (le vecteur de transmission). À preuve, on préfère généralement les éditions cartonnées aux éditions de poche, ne serait-ce que pour le poids de l’objet, la qualité de son papier et de sa colle, la souplesse de sa reliure… De la même façon que la plupart des gens préfèrent payer plus cher pour voir un film au cinéma que l’attendre sur DVD (ou même que le télécharger gratos). L’expérience est difficilement remplaçable.

Simon

On est d’accord sur plusieurs points:

  • Ce n’est pas la lecture qui recule, mais le livre
  • La multiplication des canaux de diffusion et d’information en est une des principales causes
  • Ce n’est pas la fin du papier, de par ses aspects culturels et expérientiels
  • La technologie qui remplacera le livre au niveau de l’expérience utilisateur n’existe pas encore (le Kindle est à chier!)
  • D’importants changements sociaux (par ailleurs inévitables), notamment en lien avec la question des droits d’auteurs et donc de la partageabilité, sont conditionnels au succès du livrel ou de tout autre principe de distribution numérique des livres (foutus DRM!)

Finalement, notre principal point de désaccord est au niveau de la rapidité du phénomène.

Qu’en pensez-vous?

Le futur du Web

6 septembre 2007

Voici un article fort pertinent et intéressant de Read/WriteWeb en ce temps de grands changements sur le Web. On y décrit de façon claire et concise les principales tendances qui vont orienter le Web dans les prochaines années. Soient:

  1. Le Web sémantique
  2. L’intelligence artificielle
  3. Les mondes virtuels
  4. Le Web mobile
  5. L’économie de l’attention
  6. Les sites Web en tant que services
  7. La vidéo en ligne / la TV Internet
  8. Les RIA
  9. Le Web internationnal
  10. La personnalisation

À lire absolument pour tous les professionnels du Web!

Il est peut-être un peu tard pour faire des prédictions, surtout celle-ci, mais bon… mieux vaut tard que jamais.

Ainsi, après l’année de la vidéo, en 2006, avec tous les YouTube, Dailymotion et TonTuyau de ce monde, je crois qu’en 2007 nous verrons (enfin) le véritable essor de ce moyen de diffusion potentiellement extraordinaire qu’est l’accès au Web à partir d’appareils portables. Par appareils portables, j’entends réellement portables, comme les téléphones cellulaires et les ordinateurs de poche.

Le Web mobile n’est pas nouveau. Et il a bien eu une lente progression au cours des dernières années. Par contre, en particulier en Amérique du Nord, on a tardé à accepter ce nouvel outil dans la vie de tous les jours. Les différents joueurs du Web ont longtemps hésité à faire le saut et, surtout, l’expérience de navigation avec les appareils sur le marché laisse vraiment à désirer.

Aujourd’hui, la donne est en train de changer. Les gros joueurs ont commencé à embarquer dans le train et lancent des produits de qualité. Notamment:

Mais, ce qui va vraiment changer les choses, ce sont les appareils eux-mêmes avec la multiplication des « smartphones » et l’arrivée, en particulier, du iPhone d’Apple (il faut bien spécifier celui d’Apple car il y en a plusieurs). Jamais un sujet n’aura fait couler autant d’encre, si je puis dire, sur la blogosphère! Des rumeurs courent également à propos d’une éventuel téléphone Google.

C’est, de toute évidence, la difficulté d’utilisation, la petitesse des interfaces et le mauvais design des différentes applications pour mobiles qui ont, jusqu’à maintenant, freiné l’acceptation de ce média par le grand public. De grands pas ont déjà été faits, mais le plus important reste à venir. Le développement pour le Web mobile devrait accélérer grandement cette année. Il reste à voir qui seront les prochains à embarquer dans le train.

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