Pourquoi stratège Web?

5 février 2007

En réponse au courriel d’une lectrice, je vais expliquer pourquoi j’ai choisi de me donner le titre de stratège Web.

Je tiens d’abord à préciser une chose: un titre n’a pour fonction que de donner une idée du rôle professionnel d’une personne et non de circonscrire l’ensemble de ses compétences en une seule expression.

En ce sens, j’ai choisi un titre volontairement flou, pour éviter qu’on me cantonne dans une des disciplines typiques du Web que sont la programmation ou le design graphique, par exemple. Cependant, je le juge suffisament clair pour qu’on comprenne que j’interviens dans le processus de conception de sites et d’applications Web et non pas dans la production en tant que telle.

Ensuite, pourquoi ne pas utiliser analyste Web? Parce que, selon moi, les tâches d’un analyste sont orientées plus sur l’observation, tandis que le stratège est plus axé sur l’action.

Et pourquoi pas architecte de l’information, designer d’interaction ou expert en utilisabilité? Parce que ces professionnels de l’expérience utilisateur sont des spécialistes et que je me considère beaucoup plus comme un généraliste. Enfin, pour l’instant. Le terme stratège souligne justement à mon avis cette vision d’ensemble. De plus, ces professions se recoupent énormément et je m’inspire des approches de chacune.

Finalement, pourquoi ne pas utiliser l’expression expérience utilisateur dans mon titre? Parce que, comme les expressions architecture de l’information, design d’interaction et utilisabilité, ce terme est peu connu du commun des mortels, du moins en français. À mon avis, stratège Web est plus évocateur et moins limitant dans l’esprit de la plupart des gens.

Tout en étant conscient des faiblesses de cette expression, je trouve qu’elle décrit passablement bien mon activité professionnelle. Ceci dit, c’est aussi une question de goût. Mon titre pourrait être tout autre qu’il ne perdrait pas en valeur. Je me présente d’ailleurs parfois comme un designer d’expérience utilisateur.

Au fond, le but est uniquement qu’on saisisse rapidement ce que je fais.

Voici, selon moi et en résumé, ce qu’il faut être, savoir et faire pour devenir un bon designer:

  • Savoir écouter et comprendre les gens
  • Aimer apprendre et être capable d’apprendre rapidement
  • Savoir utiliser son intuition
  • Savoir convaincre
  • Savoir impliquer les gens
  • Savoir prendre des décisions rapidement
  • Utiliser des indicateurs quantifiables
  • Justifier ses décisions avec la bonne sorte et la bonne quantité de recherche
  • Avoir confiance en ses idées
  • Accepter ses échecs et savoir en profiter

Pour approfondir le sujet, je vous invite à lire ces deux excellents articles:

Le design, cet incompris

16 octobre 2006

Je ne suis pas linguiste. Mais, il me semble que le mot design est un incompris. Incompris de la population en général. Incompris de la langue française.

D’abord, il est fréquent qu’on lui attribue un sens simplifié : l’activité de rendre un produit plus beau.

Également, le mot anglais design est souvent traduit à tort par le mot conception, lequel se définit par «l’activité créatrice qui consiste à élaborer un projet, ou une partie des éléments le constituant, en partant des besoins exprimés, des moyens existants et des possibilités technologiques dans le but de créer un bien ou un service» (Grand dictionnaire terminologique de la langue française).

Le design se révèle plutôt être un amalgame des deux: la conception d’un bien ou d’un service par l’harmonisation des critères esthétiques et fonctionnels. Le design implique donc la conception, mais lui donne un sens plus précis en englobant la notion d’esthétique.

L’esthétique est la science de ce qui est beau et le beau est ce qui est agréable, ce qui procure des émotions positives. Le design vise l’obtention d’un résultat pratique, qui sert à quelque chose, qui a une fonction propre et qui, de plus, se trouve à être beau. Cependant, la beauté seule ne suffit pas car est beau ce qui est agréable «en soi-même, indépendamment de quelque utilité ou intérêt que ce soit» (André Compte-Sponville, Dictionnaire philosophique), alors qu’un bien ou un service efficace doit être agréable à utiliser et susciter un certain intérêt, en lien, évidemment, avec l’utilisation pour lequel il est destiné.

Le design, c’est la considération de la subjectivité dans l’interaction d’un utilisateur avec un bien ou un service. C’est la création de l’expérience utilisateur. La clé du design se trouve dans le mot harmonisation. Le design a donc pour but non seulement de créer un bien ou un service fonctionnel, mais de s’assurer que celui-ci soit apprécié de l’utilisateur.

Le design graphique se préoccupe de jumeler forme et fonction en deux dimensions. Si on ajoute une troisième dimension, on parle de design industriel, lequel permet la création d’objets physiques. Il est également possible de parler de design en quatre dimensions: le design d’interaction. Celui-ci consiste à la conception de l’expérience utilisateur pour tout ce qui implique le temps comme facteur important d’utilisation. Par exemple, on pratique le design d’interaction principalement en lien avec le développement logiciel ou Web, domaine où l’utilisateur interagit avec un ordinateur qui doit adapter dans le temps son interface en fonction des tâches à réaliser.

Le design, action d’harmoniser forme et fonction est, peut-être, en ce sens, un anglicisme, mais il demeure, à mon avis, le meilleur terme pour exprimer cette idée.