Mon point de vue sur Facebook
11 mars 2008
Ce billet se veut une réponse au billet de mon ami Michaël, virulent critique de Facebook, qui, dans son immense bonté, cherche à savoir ce qu’on peut bien y trouver d’intéressant.
D’abord, je trouve bien drôle le fait de prétendre que Facebook est inutile, voire nuisible, en se basant sur l’affirmation que si on veut jaser avec des amis, on n’a qu’à aller au bar. Tant qu’à y être, la télévision et le téléphone sont tout aussi inutiles car il y a les journaux et la poste. Tous ces moyens de communication ont pourtant leur utilité et coexistent très bien. D’ailleurs, Facebook n’est pas réellement une innovation technologique au même titre que le téléphone a pu l’être par rapport à la poste.
C’est ni plus ni moins une plateforme de socialisation, avec tous les bienfaits et les problèmes que ceci peut impliquer.
De fait, Facebook est très loin d’être parfait. Je n’énumèrerai pas ici les très nombreuses critiques qu’on peut lui faire. C’est, à mon avis, le signe de son immaturité. Mais aussi, une certaine réticence à une nouvelle réalité. Ceci n’empêche pas ce réseau social d’être intéressant de plusieurs façons.
Notamment, Facebook témoigne d’une tendance sociale importante: le partage volontaire d’informations personnelles. C’est un signe d’un désir d’ouverture et d’authenticité de la population en général, issu de la croissance d’Internet. En effet, la solidité d’Internet repose sur la crédibilité des différents intervenants et cette crédibilité implique la transparence, car on craint ce qu’on ne connaît pas, on ne veut pas qu’une seule entité contrôle toute l’information. Ceci explique donc le phénomène des «lifelogs»: affichage publique de ce qu’on fait, ce qui nous arrive, comment on se sent sous la forme de fils d’informations. La réputation d’une personne ou d’une entreprise repose donc en grande partie sur la quantité de données disponibles sur celle-ci, autant que sur la qualité de ces données. Facebook exploite assez bien cette vision au grand dam de certains. Évidemment, cette relative impudeur suscite des réactions. Il importe donc plus que jamais de se pencher sur des questions critiques comme la vie privée et le contrôle de l’information.
À ceci s’ajoute ce que j’appelle le microblogging. Hybride entre la messagerie instantanée et le blogue, ce moyen de communication qui étonne à première vue gagne énormément en popularité. D’ailleurs, les outils à la Twitter, pionnier du microblogging, pullulent. Dans Facebook, cette fonctionnalité est incarnée par le statut personnel. On peut ainsi laisser de brefs messages sur ce qu’on est en train de faire ou partager notre opinion à la terre entière. C’est, encore une fois, la manifestation d’un nouveau moyen d’expression qui nécessite une période d’appropriation sociale.
Finalement, la plus grande innovation, à mon avis, tiens des applications sociales. Tout un chacun peut expérimenter voire créer de nouvelles façons d’interagir avec les autres.
Le principal reproche que je peux faire à Facebook est la volonté malsaine de ses dirigeants de vouloir monétiser à tout prix ces relations. On s’aperçoit rapidement, par contre, que toutes leurs tentatives sont vouées à l’échec. La plateforme ne leur appartient plus vraiment. Ce sont les utilisateurs qui contrôlent. C’est peut-être même ce qui entraînera la chute du réseau à terme.
Ceci dit, le phénomène des réseaux sociaux continuera à s’implanter de plus en plus et sous diverses formes. Peut-être que tout ceci aboutira à une plateforme ouverte et libre où chacun sera propriétaire de son contenu et responsable de ses actes.
En fin de compte, Facebook ne remplace rien. Ce n’est qu’un nouvel outil comme il en apparaît d’autres à tous les jours.
Et ceux qui se plaignent de devoir être ami avec de vieilles connaissances obscures, ayez le courage de leur dire que vous ne voulez rien savoir d’eux ou bloquez les informations que vous leur partagez. Désormais, les relations humaines ne se définissent plus en termes de distance spatiale ou temporelle, mais bien en fonction des intérêts ou des similitudes.



11 mars, 2008 à 13:29
Juste faire attention quand tu compares :
« Tant qu’à y être, la télévision et le téléphone sont tout aussi inutiles car il y a les journaux et la poste. »
La télé et le téléphone sont utiles puisqu’ils rendent d’un côté la communication et de l’autre, la diffusion d’information plus efficace que ce qui peut être fait par la poste et les journaux… Il y a un gap technologique évident entre ces différents médias.
Or, Facebook ne me permet pas de communiquer plus rapidement ou plus efficacement que les autres outils (courriel, blog, etc.) que j’utilise. Comme tu le mentionne, il ne remplace rien.
J’ajouterais même qu’il est moins efficace la plupart du temps dans ce qu’il peut/pourrait remplacer (au niveau de l’utilisabilité entre autre).
Donc, en comparaison des autres outils/sites qui existent et que j’utilise, pour moi, Facebook est vraiment inutile.
11 mars, 2008 à 14:08
Je précise bien que Facebook n’est pas une innovation technologique. En ce sens, il ne remplace effectivement rien. Ceci ne veut pas du tout dire qu’il est inutile.
Au contraire, Facebook, et les réseaux sociaux en général, crées de nouvelles façons de communiquer, d’entretenir des relations interpersonnels. Si tu veux dire quelque chose de privé à quelqu’un de précis, envoies-lui un courriel. Mais si tu veux tenir au courant de tes activités une communauté d’ami, de contacts professionnels, si tu veux te créer une réputation numérique, si tu veux échanger des idées d’une manière non limitée et si tu veux bien connaître tes amis et apprendre d’eux, Facebook devient drôlement intéressant!
11 mars, 2008 à 15:26
Facebook est certainement utile pour plein de gens qui y passent pas mal de temps. Simon — tu as parfaitement raison quand tu écris relativement au « partage volontaire d’informations personnelles. »
Facebook, dans sa forme actuelle, est controversé. Son avenir dépend de décisions qui restent à prendre. Et clairement des décisions se prennent.
Le recrutement de Sandberg m’a franchement surpris (http://bits.blogs.nytimes.com/2008/03/04/facebook-finds-the-un-zuckerberg/?ref=technology)
Reste à voir quelle direction sera prise.
Personnellement, je pense que la formule est fondalement viciée. Passages intéressant ici: http://searchengineland.com/080131-181130.php
12 mars, 2008 à 21:12
J’aime bien quand tu dis que c’est les utilisateurs qui ont le contrôle de Facebook. Je trouve ça très vrai. Il suffit de voir le nombre de groupes qui se créent par centaines telles des pétitions, comme pour faire passer un message aux dirigeants de FB à propos de ce que les utilisateurs veulent et ne veulent pas (d’ailleurs, Facebook vient d’être traduit en français ce qui est demandé depuis longtemps par certains et les dirigeants doivent réfléchir à deux fois avant de vendre des informations personnelles à d’éventuels clients).
@
Ludo
17 mars, 2008 à 17:52
J’ai parlé d’un bar moi? lol
Ce que je dis, comme le souligne très bien Martin, c’est que Facebook s’interpose comme intermédiaire souvent inutile alors que des moyens directs d’entrer en contact avec les gens existent. Et de plus conserve les archives de communications chez lui, dans sa cour, dans un système fermé et propriétaire.
Si demain matin Facebook décide d’arrêter ses opérations (ou si ses investisseurs le décident à sa place), où iront toutes les archives de ces beaux échanges entre humains? À la poubelle. Quand je reçois un courriel d’un ami, je peux l’archiver ou pas, mais c’est mon choix. L’information réside sur mon poste.
Je te trouve bien humaniste quand tu affirmes que la publication d’informations personnelles surt Facebook est la conséquence « d’un désir d’ouverture et d’authenticité de la population en général, issu de la croissance d’Internet. » Un instant. Est-ce nouveau depuis l’arrivée de Facebook que les gens cherchent leur 15 minutes de gloire? Facebook met en évidence une toute autre caractéristique de l’humain qui n’a rien à voir avec l’authenticité, et c’est le désir d’être vu, et de voir. Est-ce que tu penses que les gens qui auditionnent pour Star Académie y sont par « désir d’authenticité »? Je croirais entendre Jean-Jacques Rousseau nous parler de son « bon sauvage »…
Ton propos au sujet des utilisateurs qui contrôleraient supposément la plateforme, ainsi que le commentaire de Ludo à ce sujet, me font aussi sourire. Il y a UNE raison pour laquelle Facebook, comme n’importe quelle autre compagnie, écoute ses utilisateurs: élargir sa base de consommateurs et augmenter ses revenus. Ultimement, on pourrait dire que les consommateurs contrôlent toutes les entreprises parce qu’ils choisissent ou non d’acheter ou d’utiliser ses produits. On sait bien, en fin de compte, que ce n’est pas vrai. Facebook ne peut être considérée comme une exception à ce sujet non plus.
Finalement, l’argument à propos du « manque de courage » qui vient supposément du fait qu’on n’ose pas dire aux gens qu’on ne veut rien savoir d’eux est vraiment pissant. On peut être simplement conscient qu’on n’a plus grand’chose à dire à qqun après 15 ans de séparation, et qu’il y a des moments dans la vie qui favorisent les rapprochements et d’autres qui justifient qu’on s’éloigne sans devenir des ennemis. Facebook nous force à un « opt in » et à une obligation de réponse spontanée qui n’a rien à voir avec les mécanismes humains où se tissent les relations. Au quotidien, il est possible de ne pas devenir l’ami de quelqu’un sans dire non: on peut simplement s’abstenir de dire oui. La subtilité et la gradation de l’intensité des échanges ne seront pas remplacés par un formulaire avec deux réponses possibles: Oui/Non.
Ta phrase « désormais, les relations humaines ne se définissent plus en termes de distance spatiale ou temporelles mais en fonction des intérêts et similitudes » me dréange. Heureusement, l’impact du Web sur les réseaux humains prendra encore un peu de temps à percoler avant qu’on puisse faire ce genre de déclaration comme une véritée immuable. Bien que le Web (dont Facebook fait partie) puisse aider à tisser ou renforcer des liens par-delà la distance, je pense qu’il est présomptueux d’affirmer aussi radicalement que la proximité et les circonstances n’ont plus d’importance pour la création de liens.
J’ai connu des gens par le biais du Web bien avant Facebook (IRC qqun?). Certains de ces relations ont duré, d’autres pas. Cela ne m’a pas empêché de connaître bien plus intimement des gens que j’ai côtoyé au quotidien à cause des hasards de la vie. Des gens à côté de qui j’étais simplement assis, par hasard, et qui se sont avérés avoir des intérêts différents des miens mais qui sont néanmoins devenus de bons amis. Si Facebook me permet de connaîre des gens qui me ressemblent, la vie au quotidien me permet justement de rencontrer des gens qui ne me ressemblent PAS, est c’est exactement comme ça que je peux faire évoluer ma pensée, ma vision et donc ma personnalité.
18 mars, 2008 à 10:26
Ouah! Quel commentaire!
J’admets y être allé de quelques généralisations. Mais, je répète que je ne suis pas en train de faire l’apologie de Facebook et encore moins de ses pseudo fondateurs, ses gestionnaires et encore moins de ses actionnaires. Je parlerai donc, désormais, des réseaux sociaux dans leur ensemble.
Non, les réseaux sociaux ne remplacent rien. Internet, en général, ne remplace rien non plus. N’empêche qu’on assiste à la naissance de nouveaux moyens d’expression et d’échange. Les réseaux sociaux participent à créer une nouvelle réalité sociale. Qu’on le veuille ou non, on ne peut le nier.
Oui, Facebook est le propriétaire légal de tout le contenu qui est placé sur son site. Pourtant, les utilisateurs réussissent à accomplir de grandes choses grâce à cette plateforme, indépendamment de ses propriétaires. C’est plutôt ce que je voulais dire.
Oui, je suis humaniste. Ça ne veut pas dire que je crois que tout le monde va exposer des photos de leur party dans le simple but de faire progresser l’être humain. Je crois quand même que l’authenticité, la transparence et la générosité sont des valeurs qui ont été nécessaires à la formation et à la croissance d’Internet et qui continuent à gagner en importance. Ce sont les bases de la crédibilité, en particulier pour les blogues professionnels. Moi, je te trouves plutôt cynique.
Je suis tout à fait d’accord avec le fait que les relations humaines ne se définissent pas seulement en terme de lien de type booléen. C’est, d’ailleurs, une grande lacune des réseaux sociaux. D’autant plus que la gestion du type de relation risque d’augmenter la difficulté d’utilisation des plateformes dans l’avenir. Il ne faut pas oublier, cependant, que ces plateformes ne sont pas des outils de gestion de relations et leur reprocher de créer des rapprochement désagréables ou inopportuns.
J’entrevois que l’avenir des réseaux sociaux passera par des plateformes ouvertes où la portabilité des informations sera au coeur du principe de fonctionnement. Par exemple, OpenSocial est, à mon avis, bien qu’une initiative intéressée de Google, un geste significatif et prometteur en ce sens.
Je terminerai en modifiant ma conclusion. Désormais, les relations humaines ne se définissent plus seulement en termes de distance spatiale ou temporelle, mais aussi en fonction des intérêts ou des similitudes. C’est ce qui fait la puissance d’Internet.
18 mars, 2008 à 10:36
Ah, je vois qu’on se rejoint enfin.
J’aime beaucoup l’idée de la portabilité des informations, qui règle un des problèmes qui m’agace dans Facebook.
Je ne pense pas être cynique cependant. Critique et aimant bien utiliser le contre-exemple pour démontrer l’absurde de certains enthousiasmes exagérés, mais pas encore cynique. Çä viendra, j’en suis sûr et j’ai presquehâte des fois…