Le design, cet incompris

16 octobre, 2006

Je ne suis pas linguiste. Mais, il me semble que le mot design est un incompris. Incompris de la population en général. Incompris de la langue française.

D’abord, il est fréquent qu’on lui attribue un sens simplifié : l’activité de rendre un produit plus beau.

Également, le mot anglais design est souvent traduit à tort par le mot conception, lequel se définit par «l’activité créatrice qui consiste à élaborer un projet, ou une partie des éléments le constituant, en partant des besoins exprimés, des moyens existants et des possibilités technologiques dans le but de créer un bien ou un service» (Grand dictionnaire terminologique de la langue française).

Le design se révèle plutôt être un amalgame des deux: la conception d’un bien ou d’un service par l’harmonisation des critères esthétiques et fonctionnels. Le design implique donc la conception, mais lui donne un sens plus précis en englobant la notion d’esthétique.

L’esthétique est la science de ce qui est beau et le beau est ce qui est agréable, ce qui procure des émotions positives. Le design vise l’obtention d’un résultat pratique, qui sert à quelque chose, qui a une fonction propre et qui, de plus, se trouve à être beau. Cependant, la beauté seule ne suffit pas car est beau ce qui est agréable «en soi-même, indépendamment de quelque utilité ou intérêt que ce soit» (André Compte-Sponville, Dictionnaire philosophique), alors qu’un bien ou un service efficace doit être agréable à utiliser et susciter un certain intérêt, en lien, évidemment, avec l’utilisation pour lequel il est destiné.

Le design, c’est la considération de la subjectivité dans l’interaction d’un utilisateur avec un bien ou un service. C’est la création de l’expérience utilisateur. La clé du design se trouve dans le mot harmonisation. Le design a donc pour but non seulement de créer un bien ou un service fonctionnel, mais de s’assurer que celui-ci soit apprécié de l’utilisateur.

Le design graphique se préoccupe de jumeler forme et fonction en deux dimensions. Si on ajoute une troisième dimension, on parle de design industriel, lequel permet la création d’objets physiques. Il est également possible de parler de design en quatre dimensions: le design d’interaction. Celui-ci consiste à la conception de l’expérience utilisateur pour tout ce qui implique le temps comme facteur important d’utilisation. Par exemple, on pratique le design d’interaction principalement en lien avec le développement logiciel ou Web, domaine où l’utilisateur interagit avec un ordinateur qui doit adapter dans le temps son interface en fonction des tâches à réaliser.

Le design, action d’harmoniser forme et fonction est, peut-être, en ce sens, un anglicisme, mais il demeure, à mon avis, le meilleur terme pour exprimer cette idée.

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