Le règne absolu de l’écran, du clavier et de la souris comme moyen de communiquer avec la machine tire à sa fin. Qu’est-ce qui les remplacera? La réponse n’est pas unique.
En même temps que la quantité d’interactions entre les humains et les machines, les types d’interfaces nécessaires à ces interactions se multiplient à une vitesse folle. On n’a qu’à penser à l’écran tactile du iPhone et à la manette de la console Wii qui réagit aux mouvements pour s’en convaincre. Ainsi, les moyens dépassent en nombre les tâches à accomplir.
Est-ce que tout cela va trop vite? Ne change-t-on pas nos pratiques plus vite que notre capacité d’adaptation le permet? Je pense qu’il y a tout lieu de se poser ces questions.
Si on pense seulement aux différentes façons de se connecter à Internet – le classique navigateur, les fils RSS, les widgets, les RIA… – l’internaute moyen a de quoi en perdre son latin! Somme-nous réellement à la recherche d’efficacité ou sommes-nous simplement friands de nouveautés? La multiplication des types d’interfaces n’est-elle pas plutôt la conséquence d’une banale quête de parts de marché?
Cette course à la nouveauté cause directement et indirectement bien des soucis. La capacité d’adaptation à un nouvel outil numérique d’un individu ou d’une organisation est nécessairement limitée par certains facteurs économiques, physiques ou même cognitifs. S’ensuit donc inévitablement un clivage entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ou plutôt entre ceux qui veulent et peuvent apprendre et ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas. Ceci est sans compter le coût énergétique – surtout en terme d’efforts humains – de l’appropriation d’un nouveau type d’interface.
Tous ces changements rapides sont loin d’être négatifs. Mais, réalistement, il faudra atteindre un équilibre entre la vitesse d’innovation et celle de l’appropriation sociale de nouveaux modes d’interactions homme-machine si on ne veut pas créer de trop grandes disparités. Avez-vous magasiné une télévision dernièrement? Il y a de quoi perdre la tête à essayer de comprendre les différentes résolutions disponibles et de faire fonctionner le tout avec son lecteur de disques et son terminal de télévision.
Une évolution trop rapide tue l’évolution.
Mais, comment peut-on en arriver à une certaine standardisation des types d’interfaces? Comment peut-on créer un certain équilibre entre innovation et productivité?
Ce sont quelques-unes des questions que je me pose en ce moment. C’est passionnant de voir tout ça aller, mais ce n’est pas évident de conseiller et de créer dans ce maelström.



9 avril, 2008 à 15:53
Simon,
C’est une réflexion très pertinente que tu amènes ici. On se sent souvent dépassés devant toutes ces nouveautés, et il est difficile de ne pas cultiver un sentiment d’infériorité ou d’essoufflement devant tant de possibilités. D’autant plus qu’il n’y a pas qu’un secteur de développement à considérer : moi qui aime la littérature, le cinéma, l’art, les livres, les idées novatrices, les découvertes prometteuses, je suis incapable de fournir à la demande des nouveautés et de la curiosité que tous ces domaines suscitent. Le sentiment d’incompétence peut faire surface ou encore la pression indue et le stress de vouloir tout gober.
Je crois qu’on a à retrouver le principe de la lenteur, dans l’évolution. La lenteur favorise la créativité, et permet d’avoir du recul sur l’objet créé. De pouvoir en assumer la critique et d’en évaluer la pertinence. À force de vouloir du neuf à tout prix, on en perd de vue la réelle utilité. À quoi sert un appareil électrique qui permet de faire macérer les viandes dans leur vinaigrette en les agitant en permanence?
Loin de moi l’idée de condamner l’évolution ou le développement, mais ne faut-il pas en traiter avec sagesse? À force d’être confronté à toutes ces bricoles inutiles ou éphémères, n’en perdons-nous pas notre pouvoir d’agir en toute conscience et en toute connaissance de cause? Ne devenons-nous pas des spécialistes chacun dans son domaine et n’en perdons-nous pas une vision générale et globale qui permettrait d’unifier et de faire converger les savoirs vers des lieux pertinents et importants? À force de morceler, ne divisons-nous pas nos forces?
Faut-il être des spécialistes pour s’acheter un téléviseur? un téléphone? un ordinateur? un grille-pain? Aujourd’hui, je crois que oui. Alors, vive la simplicité…
17 septembre, 2008 à 13:06
Allô, j’ai cliqué sur ton site après avoir lu une réponse sur un autre blogue… Tes réflexions (d’avril dernier!) rejoignent pas mal les miennes. En tant que journaliste, on me demande souvent de parler de phénomènes Web et de nouveautés techno à des gens qui juraient ne pas vouloir de cellulaires il y a quelques années à peine et qui ont découvert les blogues en lisant Stéphane Laporte sur Cyberpresse, genre. Je trouve que j’ai moi-même du mal à suivre tout ça (surtout que je ne suis pas plongée dans la techno à temps plein, même si elle me sert dans mon quotidien). Alors faire le pont entre «Madame Brossard de Brossard» et cet univers, c’est tout un défi!
Cela dit, c’est aussi ce qui rend tout ça excitant, non? Vivre dans un ère où tout ce qui se définit doit se redéfinir le lendemain et où les possibilités nous semblent épuisés jusqu’à ce qu’on en découvre de nouvelles? C’est à mon avis une question de culture et d’éducation, avant tout. Les gens ici commencent à peine à apprivoiser la base de la techno. On en est encore à la préhistoire, si l’on compare avec l’Asie, par exemple. Perso, je trouve ce rythme fou plus stimulant que décourageant. Même si je m’y perds parfois!